Bien le bonsoir du Chili, chers lecteurs, où la vie est douce et le soleil brille. Un pays qui porta à sa tête le regretté Augusto et qui donne une rue à St Josemaria Escriva de Balaguer ne peut être complètement mauvais… même si Augusto s’est porté un peu tout seul, un beau 11 septembre il y a bien des années maintenant, et a fait un peu trop de morts et de torture au début… eh oui, quelques jours à peine après ma naissance. Au Chili, « 11 septembre » ne résonne pas tout à fait comme dans le reste du monde.
Contrairement à ce que serinent les médias français, qui ne semblent en ce moment obsédés que par le fascisme, l’islam, les gamins délinquants et le CO2, le président récemment élu, Sebastian Piñera, n’est pas vu ici comme le retour de Pinochet mais comme un président-entrepreneur de centre droit, très riche, qui s’entoure de techniciens plus que de politiques. Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de gens, même dans les classes supérieures, qui souhaitent réellement le retour d’un « régime » militaire. Le mot « régime » a son importance ; si vous dites « dictature », c’est que vous en pensez du mal ; « régime » est plus consensuel, plus dans un esprit de réconciliation nationale. Une fois encore, selon le côté de la lorgnette où l’on se trouve, les choses n’ont pas la même allure, surtout quand ce sont des médias français qui tiennent la lorgnette.
La grande affaire d’amour et de haine du Chili, c’est avec le Pérou. Historiquement, je crois bien que c’était la même vice-royauté, même si le conquistador du coin s’appelle Pedro de Valdivia (une ville dans le sud du pays porte son nom et fut le site d’un des tremblements de terre les plus violents du monde) et pas Pizarro. Je résume vite : « le Pérou nous a pris des terres, et vous verrez que, dans leurs livres d’histoire à eux, ils racontent que le Chili les leur a offertes ».
- et la Bolivie, qui a perdu son accès à la mer dans cette guerre, qu’est-ce que vous en pensez ?
- on s’en fiche, la Bolivie, ça n’existe pas
- et l’Argentine, ne me dites pas que l’Argentine vous laisse indifférents ?
- on s’en fiche, l’Argentine, ça n’existe pas.
Il y a peut-être pire : le pisco, alcool national du Pérou, est aussi l’alcool national du Chili. Qui l’a inventé ? Qui a piqué le nom ? c’est pire que la poule et l’œuf, d’autant qu’on trouve du « pisco sour » (la caipirinha locale) des deux côtés de la frontière. Le "chilcano", en revanche (pisco et canada dry) est inconnu ici. Mais l'on boit du "gin y gin" (gin et ginger ale) et du "piscola" (pisco+coca cola), surtout si on veut passer la nuit debout.
Autres faits intéressants : il y a beaucoup d’Allemands dans le sud du pays, qui ont importé leur architecture typique dans les années 50. On mange de la choucroute et tout et tout. Et puis il y a les Mapuches, des indiens d’origine polynésienne relégués dans le sud, que ça énerve tout le monde quand on parle d’eux. Le Sud chilien, c’était un peu comme le sud argentin raconté par Borges, un far-west latino avec des indiens en plus. Dans le Sud argentin, il y avait des cow-boys, des cows (beaucoup plus que des cow-boys) mais pas d'indiens.
En parlant de Borges, j’ai mangé hier soir des ormeaux-mayonnaise à vingt centimètres d’un portrait de lui, avec des poèmes de Neruda et de Lorca sur un set de table en plastique. Lire en mangeant, ou manger en lisant, ça c’est mon truc. Neruda est célèbre pour avoir mis en poésie une recette de congre ; c’est, je crois, ce qui se trouvait sous mon assiette. Et puis Borges incarne pour moi la distinction du vieux latino-américain du cône sud.
Les gens sont souvent distingués ici ; et au Pérou ils sont élégants à la mode vénézuélienne : habits impeccables, chemises repassées. Lorsque vous êtes col blanc, il est indispensable de sembler sortir de chez le coiffeur et de sembler porter un costume neuf chaque jour. Dans beaucoup de pays du continent, avoir de la classe n’est pas une chose facultative, au point qu’on peut en venir à acheter ses habits à crédit, en plusieurs mensualités.
Chose amusante, pour aller manger à midi, à Lima, tout le monde est en bras de chemise dans la rue. Le seul fait que je prenne ma veste, comme à Paris, me signalait comme un excentrique, voire un étranger.
Bon, trêve de plaisanteries. Maintenant, allez voir ce site. Oui, surlering.com, que beaucoup connaissent sans doute, a fait peau neuve et donne quelques nouveaux et intéressants articles à lire.
Dernière minute : iiiiiiii, il y a même un article sur Christian Bobin!