July 09, 2009

Pierre Schaeffer

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Nous parlions de musique « concrète » la dernière fois. L’une des définitions les plus simples est qu’il s’agit de bruit disposé selon un plan, donc de bruit composé. Pourquoi cette musique serait alors « concrète » ? Car, au contraire du processus habituel de production de musique (classique), où la pensée du compositeur produit une partition qui est ensuite jouée, ici le compositeur travaille directement sur le son, le joue en boucle, le filtre, le modifie. L’étape d’abstraction intellectuelle que constitue l’écriture sur une partition n’existe plus. Pas abstrait, donc concret.

C’est dire que cette musique ne pouvait apparaître qu’une fois que des moyens d’enregistrement, de reproduction et de césure sonores suffisamment efficaces (en l’occurrence le magnétophone) seraient disponibles. Deux questions, d’inégale importance, se posent : quelle production du son peut-on se permettre ? et quelle transformation ? (j’ajouterais : pour quel résultat ?)

L’approche adoptée par Pierre Schaeffer, précurseur de la musique concrète à la française, est celle de l’enregistrement des bruits « dans la nature », puis leur transformation au moyens de filtres électroniques, de découpages de bandes, de répétition en boucle. Le geste très patient et artisanal du compositeur, qui d’un processus très ennuyeux et très long tire quelques minutes à peine de son organisé qui, avec un peu de chance, « parlera » macroscopiquement aux auditeurs, n’a pas connu beaucoup de succès. Trop long, trop ennuyeux à pratiquer, trop expérimental à écouter. La « musique concrète » n’était pas tant faite pour la salle de concert que pour les chaînes hifi, qui ne devaient pas être tellement répandues à l’époque. Sonorement, le repiquage multiple des sources sonores, leur gravure sur des disques à sillons fermés, tout cela engloutissait peu à peu le son dans un souffle et un grain imposants et encombrants.

            Pierre Schaeffer, authentique produit de l’X, sembla toujours préférer la recherche à la production d’œuvres achevées. Après avoir montré la voie et formé un disciple (Pierre Henry) qui fera évoluer la musique concrète vers des terres où elle pouvait être « industrialisée », il se consacrera majoritairement à des travaux de recherche sonore au sein de l’ORTF. Il a donc peu « produit », sans doute trop en avance sur son temps, sans disposer, ou sans utiliser quelques outils capitaux qui feront la réussite de ses successeurs qu’il a accepté de voir le dépasser, et en prenant des options parfois stériles (le son « naturel » comme matériau brut) ou peu fructueuses.

Et pourtant, son impact est loin d’etre négligeable. Il reste en effet l’idée de « composer » le bruit ; et le principe de transformation des sons naturels. Dans l’ « étude aux chemins de fer », on sait d’où provient le matériau brut, et l’on peut reconnaître de temps en temps quelques fragments ; mais le produit fini ne ressemble certes pas à un train qui passe dans la campagne, le soir ! Il reste également les fruits de manipulations expérimentales sur les bandes magnétiques, qui ressortissent autant de la musique que de la psychologie. L’attaque d’un son provenant d’une bande coupée droit ne sonne pas pareil que le même son sur une bande coupée obliquement. Le premier « explose » dans les oreilles bien plus que le second. Le « solfège de l’objet sonore » et le « traité des objets musicaux » tentent, eux, de conceptualiser analytiquement les éléments de base de la musique concrète : qu’est-ce qu’un objet ? quelles sont ses caractéristiques ? durée ? épaisseur ? complexité ? Comment analyser le timbre, qui devient manifestement un paramètre essentiel de ce nouveau type de musique ?

Il convient d’ailleurs de noter que, même si la musique de Schaeffer peut paraître aussi « inaudible » que celle de ses contemporains jouée sur instruments, les démarches réciproques sont opposées. La musique concrète à la française se veut anti-intellectuelle, terrestre ; et s’espère un jour appréciée du grand nombre. Les terroristes sériels des années 50, eux, se moquaient bien d’avoir un public.

Mais, hélas, le succès ne fut pas au rendez-vous. Trop peu de rythme, sans doute, trop peu de mélodie, et une très grande difficulté de préserver une cohérence d’ensemble dans des pièces qui se créaient au centimètre de bande près. D’autres compositeurs, plus tard, en prenant d’autre choix, redessineront le cadre de ce qui sera plus volontiers appelée ensuite « musique électro-acoustique », ou « acousmatique ». Luc Ferrari, sans abandonner les parti-pris de Schaeffer, se laissera tenter par une approche qui ressemble plus à une carte postale sonore : les bruits se reconnaissent, on entend ça et là des conversations. D’autres au GRM toucheront à l’habillement sonore (les indicatifs de Radio France ; le glouglou sonore de Roissy, du à Bernard Parmegiani) ; et finalement les facilités incomparables des instruments électroniques, synthétiseurs en premier lieu, finiront par orienter durablement le processus créatif.

Il est piquant au demeurant de voir que cette drôle de musique qui cherche sa place en tâtonnant, qui ignore même si elle est réellement de la musique, connaîtra une de ses plus grandes audiences avec… les Shadoks ! Car du début jusqu’à la fin, les « tapis sonores » de cette série mythique sont les produits de l’école créée par Pierre Schaeffer.

Now playing : Depeche Mode, « my secret garden »

July 08, 2009

Musique concrète

Le travail très prenant de ces dernières semaines m’a pris beaucoup de temps, et je n’ai pas eu le loisir de poster des bêtises ici autant que je l’aurais souhaité. Que mes lecteurs se rassurent, le réservoir à Sparta n’est pas encore vide. Avant mon départ pour les Grisons (pour les vacances, pas pour le boulot), je compte bien en poster encore un ou deux.

 

Rattrapons ce qui doit l’être. Pour le moment, votre serviteur est madrilène. Qu’est ce qu’il fait chaud, dans ce pays ! Mais quoi, la nourriture est bonne (le "cordero lechado" = l'agneau de lait, la "morcilla"), l’alcool n’est pas compté (une spécialité locale, qui doit s'appeler "pacharan" ou quelque chose de ce genre) et les gens sont sympathiques. Et, comme je l’ai dit, une ville où les stations de métro s’appellent « Pio XII » ou « Reyes Catolicos » ne peut pas être totalement mauvaise. Les façades des ministères ou des bâtiments militaires ne sont pas dégoûtantes non plus (ni modestes). Un peu mussoliniennes, si j'ose la comparaison. Bref, sympa.

 

Au cinéma il y a peu, « very bad trip ». Marrant même si le film s’offre quelques facilités. 3/5 dans l’ensemble ; certaines scènes (mafia chinoise notamment) valent largement du 4/5 mais pas tout.

 

A la télé, tout le temps, l’omniprésent Michael Jackson. Pas une seule bonne chanson depuis 1987, et quel tintouin ! Quel bourrage de crâne ! Le vacarme médiatique n’est certes pas proportionnel à la qualité de l’artiste qu’on enterre. (Je n’ose penser aux célébrations dont on va souper quand on enterrera Roger Hanin ou Phil Collins).

 

A part cela, votre serviteur plonge avec délices dans les musiques que l’on qualifie d’électroniques ou d’expérimentales, faute de savoir mieux dire. Electroniques ? Non, pas celle des DJ sakozystes qui trustent les bacs à CD mais plutôt le bruit enregistré. Un très bon bouquin est paru sur le thème chez « le mot et la chose », qui ratisse bien plus large que les seules musiques purement « électroniques », c'est-à-dire celles où la production et la manipulation du son est assurée majoritairement par des systèmes électroniques d’une complexité significative ; et où la manipulation du son est suffisamment poussée pour changer sa nature. Je sais, cette définition est très attaquable et peu précise ; mais comment définir un fourre-pas-tout-mais-presque ?

 

Veut-on des noms ? Klaus Schulze, Merzbow, Einstürzende Neubauten, Luc Ferrari, entre autres. C’est dire le peu de points communs. On peut encore trouver une bonne anthologie de ces musiques, très expérimentales et pas toujours abouties, sur le triple CD « OHM, the gurus of electronic music ». La poésie qui s’en dégage, partiellement involontaire, tient à l’âge des pièces produites, à la manière dont on les a produites et peut-être aussi au fait qu’elles ne sont pas reproductibles, donc fragiles. Quand on doit trafiquer, couper, repiquer plusieurs dizaines de fois des disques en acétate ou des bandes, le son prend une certaine qualité soufflante et rugueuse, qu’on appellera bien plus tard « guerilla recording ». C’est comme si des expériences sonores du fond de l’âge de la musique concrète revenaient à la surface ; c’est l’équivalent des films expérimentaux des années 30 (« Rose Hobart » de Joseph Cornell, par exemple) : le support est si abîmé que le message en est rendu un peu maladroit et passe à peine.

 

Une des rares émotions immédiates qu’on peut éprouver à l’écoute de la musique concrète, je l’ai éprouvée en écoutant « wireless fantasy » de Vladimir Ussachevsky, une pièce fabriquée en modifiant des sons de télégraphie sans fil. Il y a du souffle, du bruit blanc, les bip-bip de Spoutnik et, au milieu de toute cette friture radiophonique, on entend des passages de Parsifal. C’est superbe. On peut s’imaginer perdu au milieu du Great Divide, loin de tout (« survolant le pot-au-noir » comme diraient ces cons de journalistes), et seulement relié au monde, ou à quelque avant-poste, par une radio. A ce moment-là, tout ce qui reste du monde, pour vous, est résumé dans quelques mesures de Parsifal. Hormis ces fragments de Wagner, le monde, dont vous êtes le seul survivant, est retourné au néant.

 

Eh oui, voilà ce que peut faire la musique concrète, c'est-à-dire, et n’ayons pas honte de le dire, du bruit enregistré et organisé. Musique concrète injustement inconnue, car si Pierre Henry a son cercle de suiveurs, qui connaît encore Ussachevsky ? Qui a pleuré la disparition récente de Bebe Barron ?

July 01, 2009

Madrid

Une ville qui donne à ses stations de métro des noms tels que "Pio XII" ou "Reyes Catolicos" ne peut être totalement mauvaise.


Encore qu'il y fait bougrement chaud. Mais ils ne sont pas arriérés comme nous, et l'on peut apprécier partout l'air conditionné madrilène. J'y joins en ce moment un salmorejo, c'est à dire une espèce de gazpacho, mais en mieux.

Pas de Sparta, mon stock est resté à Paris. Peace.

June 22, 2009

Commando colonial

http://bruno.thielleux.free.fr/blog/index.php?Commando-colonial


Je ne sais trop pourquoi ;-) le titre m'a attiré et j'ai feuilleté ce tome second récemment paru. Ca se passe en 1942 et démarre sur l'île d'Europa, pour se finir à ... Kerguelen!

Si le scénariste n'est pas philatéliste, moi, je suis la reine d'Angleterre.

Des nouvelles de papa : trois biopsies négatives. Donc pas de cancer ; plus de saignements, et on ne sait pas ce qu'il a. L'hypothèse la plus plausible à ce stade est qu'il serait victime d'un effet secondaire du Plavix. Tout le monde respire.

Très très occupé ces derniers temps avec cette "'é#€$ù$ù!$ de mise à jour d'OS pour mon iPod. Seigneur! Ca marche encore plus mal que Windows!

Le sparta du jour. This is madness, I say.

Sparta

June 10, 2009

Vite vite

Papa sorti de l'hosto ce WE. Le moral. Attente du résultat des analyses. Pas de raison de paniquer pour l'instant.


Star Trek XI très bien 4/5
Si vous n'êtes pas une frêle demoiselle effrayable, ALLEZ VOIR "jusqu'en enfer" de Sam Raimi, qui est un bijou de film du samedi soir où les fous rires le disputent aux sursauts. 4/5

Et si vous êtes à jeun, il reste le "salo" de Pasolini que j'ai découvert il y a quelques jours et qui est un chef d'oeuvre de film politique. Enfin quelqu'un qui a compris quelque chose à Sade. 5/5

Now playing : Steve Waring, "le matou revient"

Un Sparta et au lit :
Sparta6u

June 04, 2009

Sparti et Sparta sont dans un avion

Chers lecteurs, chuis fatigué et très consterné par le déversement de sentine médiatique dont un avion disparu dans l'Atlantique nord est, depuis une semaine, le prétexte. Comme le disait au téléphone mon père avant-hier, "toutes les fois que tu maîtrises un peu un sujet, tu te rends compte que les journalistes disent n'importe quoi dessus". 


Si ce n'est pas le cas à proprement parler ici, il faut reconnaître que le moulin à dépêches et articles tourne à vide sans que personne ne songe à l'arrêter, et que, si la plupart des faits rapportés sont exacts, leur présentation, leur mise en perspective, leur pertinence à un moment du discours... sont totalement fantaisistes. Il est ainsi très facile de trouver un pilote qui dit que les turbulences ne font pas risquer un crash à l'avion (ce qui est exact) ; et un autre qui dira le contraire (ce qui peut être vrai dans des circonstances extrêmement rares et conjugués à d'autres facteurs de risque). Mais mettre en équilibre ces énoncés, les livrer au lectorat de manière intelligble, très peu en sont capables. Eh quoi! Si on avait des compétences réelles dans le domaine, on ferait l'ENAC, pas une école de journalisme!

Si quelqu'un de mes lecteurs souhaite lire des choses intelligentes sur l'aviation civile, il se reportera avec bénéfices à la chronique de Patrick Smith dans Salon. Eh oui, lui, c'est un pilote, pas un plumitif. (je n'ai pas encore lu son papier sur Air France).

Mon cher père avait du répondre, dans le temps, à des appels des aînés de ces perroquets lorsque le pyralène dans les transformateurs avait connu son heure de gloire. C'est pour ce genre de raison que je boude aussi le gros pavé sorti en librairie qui rassemble quelques-uns des meilleurs reportages du Monde. Quand j'ai vu que Raphaëlle Bacqué a signé l'un d'eux, j'ai reposé le bouquin. Il ne faut pas se f*** du monde non plus. Lisez donc ce que cette championne du gros plan sur le visage-en-larmes, cette orfèvre du portrait d'homme public construit à partir de détails de la vie personnelle, a écrit sur l'AF 477. Après avoir lu dix fois que dix PDG du CAC 40 ont un jardin secret qui est la poésie persanne, on fatigue. Et la poésie persanne, franchement, c'est comme les tomates séchés dans une assiette : c'était peut être à la mode au début, maintenant, ça fait juste ringard. Il parait qu'on en sert même en province, c'est dire.

Je me demande en revanche pourquoi un de nos fiers journalistes indépendants, qui ne plient ni ne rompent devant le gouvernement ou la justice, n'abandonne pas les détecteurs de métaux dans les écoles, ou les avions qui se plantent, et ne se demande pas ce qui peut bien se trouver dans les notes de frais de nos députés. Après tout, nous savons très bien ce qu'il y a dans ceux d'outre-Manche. Mais les notres? Si on ne dit rien, c'est que tout doit être en règle, sans doute.

Donc pas de Sparta en avion aujourd'hui, mais je vous suggère la lecture de ces deux chroniques de Samuel Gontier:


Accessoirement, ayez une pensée pour mon père, qui est hospitalisé depuis une semaine sans qu'on arrive à lui trouver ce qu'il a.

May 28, 2009

Encore un spécial dédicace...

http://www.galerieperrotin.com/fiche.php?nom_=&&idart=2&&dossier=Maurizio_Cattelan&&num=8&&p=2


On peut le voir à la Tate Modern en ce moment ; j'avoue que j'ai éclaté de rire en découvrant le titre. Sans doute un effet des mes mauvaises fréquentations, ET une illustration que tout ce qui est nazi & co évoque actuellement Dark Vador plus qu'autre chose.


Le Sparta du jour
Sparta6

May 26, 2009

Vite : Star Trek XI : bien, très bien même, voire réussi.

Star Trek : réussit le miracle de produire un film grand public d'un enthousiasme juvénile qu'on n'avait plus vu depuis Superman III qui sautait dans les champs de blé, *et* d'amener les geeks au bord de l'orgasme (ils n'auront même pas besoin des mains lorsqu'ils verront la scène finale). Oui, il y a les personnages de "the original series" mais en plus jeune ; il y a (pour la première fois en 40 ans de Star Trek) de l'humour et du second degré ; il y a des su-per-bes batailles spatiales psychédéliques et une "matière rouge" qui semble sortie d'une lampe à magma de l'espace. Et en plus, il y a ce que tout "trekkie" veut voir : de la téléportation, des expressions obligées comme "on screen", "energize" et autres. Il y a même une espèce d'Ewok, mais en beaucoup mieux. Et drôle.


Peu importe les "daddy issues" dont JJ Abrams ne se départit jamais tout à fait ; peu importe cette histoire de voyage dans le temps à laquelle on ne pige que dalle, ce "star trek", onzième du nom, est tout bonnement le film de Georges Lucas aurait du faire à la place de ses fumeux épisodes 1 2 et 3. Oui, 3 aussi. Chapeau l'artiste! 4/5 au bas mot, vision recommandée.

Now playing : D.A.F., "alles ist gut"
and now, Fleet Foxes. Rien de tel qu'une cure de musique gay le soir.


Un petit Sparta pour finir.
Sparta5

May 25, 2009

Soyons vite

Fatigué, alors télégraphique.


"Millenium", le film : complaisant, abracadabrant, interminable, affreusement prévisible. La nana est plate comme le Danemark ; les scènes chaudes sont putassières (et même pas réalistes). Ennui mortel. 2/5. N'allez pas.

"Le procès de Jeanne d'Arc" : superbe, bref, resserré, que l'essentiel, pas sulpicien, préserve le mystère de Jeanne selon les minutes du procès (elle est tout sauf limpide, la pucelle d'Orléans!), procès au demeurant très stalinien. En DVD mk2 chez tous les bon marchands. 5/5, pas un gramme de graisse à enlever.

Un Sparta et au lit :

Sparta4

Now playing : Laibach, "Laibach Kunst der Fuge". Saviez-vous que cela existait, mesdames les lectrices de Gaston Charles Du Bos et Dédé Suarès?

En route ce soir pour la première fois de l'année : la clim. (Les clims des hôtels en Amérique du Sud ne comptent pas).

May 19, 2009

Spécial dédicace pour Alain

Sparkassaaaa_by DecoXX