Ci-dessus : dans cinq minutes, elle va dire "fraternitude"
Koh-Lanta est fini, avec un goût amer : c'est la victoire
des larves et des cafards, avec un triomphe prévisible de Cristina,
l'antillaise de Marseille, qui a du coup coupé son cordon ombilical, trouvé un
mec, bref, on dirait que la première sortie en 20 ans des Bouches-du-Rhône a
été positive. Mais il faudra plus qu'un voyage aux antipodes pour la réparer complètement : on la voit en pleine course d'orientation filer, boussole en main, vers le
nord, tenir sa carte à l'envers (!) et s'étonner de ne rien trouver. Elle a
l'air dinde, Cristina, mais elle a compris qu'il fallait ne pas faire de
vagues, s'accrocher dans le sillage du mâle dominant, et choisir le plus
antipathique en finale.
Isabelle, antipathique mais pas tant que cela, a donc giclé
promptement, avant même de finir sa phrase sur l'alliance des filles non
respectée. Bon voyage, donc, pour
Fabienne, l'incorruptible, craint-elle Dieu ou pas? En tout cas elle n'en parle pas et joue le roc moral : "rien à faire, je vais pas vendre mon âme pour cent mille euros". Elle est éliminée lors de la course d'orientation.
Patrick, enfin, arrive second. Comment ne pas penser à la Cité de la Peur : "on peut tromper mille personnes une fois…". Je pense surtout, en fait, à Dominique Farrugia dans le même film, mal rasé, air benêt, en train de sauter partout en disant "je suis content, je suis content". Patrick, c'est pareil, sauf qu'il ne vomit pas. Il y a quelque chose d'effrayant à voir dans cet homme un QI de gamin de 12 ans conjugué à une tendance enracinée à considérer son entourage comme des pions sur lesquels on marche dessus au besoin. Merci, Patrick, de nous avoir rappelé qu "ignoble", dans son premier sens, veut dire "qui n'est pas noble".
Koh-Lanta nous aura ménagé, comme à son habitude, un lot de rebeus ingérables, Kaouther l'hystérique ("zyva, e'm'fait des coups d'Trafalgar") et Kader le baltringue, revenu chez les rouges pour se venger des jaunes. On reste quand même loin du sublime et inégalable Moundir. On aura eu aussi notre lot d'uniformes, invariablement trop carrés et trop droits pour survivre - encore que cet Alexandre-là nous semblait bien sentimental en regard de Jedis comme le Roland qui n'est sans doute pas encore revenu de s'être fait éliminer en finale l'an dernier… Et l'on reverra Freddy, notre grand scout qui n'a toujours pas compris qu'il y avait autre chose dans la vie que les repas trappeurs. Donnez-nous en encore, des comme ça!
Posted at 02:25 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Je recommande chaudement à mes lecteurs qui ont accès à Mediapart la lecture du feuilleton journalistique de Laurent Mauduit sur la Caisse d'Epargne et son contrôle interne. Ce n'est sans doute pas parfait, mais, sur le plan technique, on dirait que Mauduit maîtrise mieux son sujet que les autres, beaucoup mieux (cf les efforts d'Anne Michel au début de la crise des subprimes pour nous expliquer ce que c'était).
Mais la série d'article est surtout édifiante pour ce qu'elle révèle du contrôle interne défaillant du groupe bancaire, de la congénitalité du capitalisme à la française et surtout, surtout, de l'absence de transparence du système de contrôle et de régulation du secteur. Aux States, j'imagine que tout rapport style "commission bancaire" est systématiquement publié, et que les amendes dépassent allègrement les dizaines de millions de dollars. Ici, un million d'euros, c'est énorme, et quand ça tombe, personne n'en parle. C'est le père mystérieux de Zohra Dati qui monopolise les unes.
Pour avoir travaillé longtemps dans ce milieu, y compris pour le compte de la CB, les lacunes de contrôle interne de la Caisse d'Epargne ne sont pas un secret; tout le monde a eu vent de procédures analogues se soldant par des amendes moindres (j'ai le souvenir d'une de 300 000 euros, mais je ne me rappelle plus l'entité visée ni l'émetteur : était-ce l'AMF ou la CB? mystère.) L'AMF est au demeurant plus transparente et ses sanctions peuvent se lire sur son site - c'était la distraction d'un week-end d'un de mes patrons, au demeurant.
Gardons à l'esprit que les articles de Laurent Mauduit sont du journalisme; on y trouvera donc sans doute des imperfections, voire des amalgames. Mais ils sont remarquables à deux égards au moins:
- le positionnement des informateurs. On lit des faits précis et des rapports de l'inspection générale du groupe!
- l'unicité du propos. Je ne connais pas d'enquête analogue, même de près.
Je ne suis pas un de ceux qui aiment donner dans l'incantation. "Démocratie! Démocratie", disent-ils à tout propos. Mais si ce genre de travail était plus courant, plus accessible, non pas cantonné au fond d'un webzine payant mais disponible sur la place publique, la démocratie française ne s'en porterait que mieux. La liberté du jeu démocratique et la légitimité des choix du "peuple" ne sont-elles pas assises sur l'information complète et impartiale de chaque citoyen? Il y a encore bien du chemin à faire dans ce sens.
Posted at 01:11 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
On a beaucoup parlé du 9 novembre 1989. Quelques autres anniversaires tombant ces derniers jours
- 9 novembre 1918: chute de l'empire allemand et proclamation de la république de Weimar. Il s'en passe des choses, à Berlin, le 9 novembre!
ci-dessus : ceci n'est pas Guillaume II
- 10 novembre 1891: mort d'Arthur Rimbaud à l'hôpital de la
Conception à Marseille (qui existe toujours).
Le poète fulgurant, qui ne pouvait faire autre chose que suivre son étoile même quand elle lui enjoignait de ne plus faire de poésie, avait fui sans cesse plus loin de son lieu naturel ardennais: escapades à Paris, epopée à Londres puis Bruxelles avec Verlaine, en Indonésie comme soldat hollandais, puis à Aden, Obock et Harar comme homme à tout faire des rares maisons de négoce qui osaient s'installer là. Si Aden était une colonie anglaise à peu prés décente, Obock, acheté récemment au sultan du coin, n'était rien de plus qu'un village de pêcheurs avec une présence européenne inférieure à la cinquantaine de personnes. Quant à Harar, c'était l'Ethiopie qui allait rester encore longtemps indépendante. Ni le train de Harar ni le port de Djibouti n'existaient encore. Lieu final symbolique de cet aventurier qui, s'il mourrait aujourd'hui, le ferait à Roissy.
En 1891, Rimbaud avait 37 ans, et n'avait plus écrit de poésie depuis qu'il avait vingt ans. Il ne laissait derrière lui aucun receuil sinon - et il est de taille! - "un saison en enfer", un bide à sa parution, qui est au poète ce que "interstellar space" est à John Coltrane. Le reste de l'œuvre sera découverte au fil du XXème siècle; les anthologies feront trop souvent la part belle aux "jolies" poésies scolarisables. Quelle adolescente n'a pas versé sa larme sur "le dormeur du val", à la ficelle pourtant un peu grosse? Au-delà de cela, Rimbaud est le modèle du poète mystique ("nous entrerons aux splendides villes", "posséder la vérité dans une âme et un corps" et toutes les références à l'or), celui qui a défié Dieu, vu des choses ineffables et qui n'en a pratiquement pas parlé.
La frustration devant le mystère ne s'arrête pas là: qu'est-ce qui peut pousser un poète conscient de son talent, au seuil de bouleverser la poésie, à se taire, à fuir perpétuellement et, restant prolixe, à ne plus écrire que d'ennuyeuses lettres commerçantes ou réclamant l'envoi d'ouvrages techniques? Qu'est-il arrivé à Rimbaud pour que la poésie la plus haute ne soit plus considérée comme prioritaire face à un quotidien qui ne l'emballait pas, c'est le moins qu'on puisse dire? C'est cette dimension mystique, cette extinction programmée, cet étouffement graduel de visions inouies et vouées à rester inconnues qui fait toute la fascination du personnage, et l'intérêt de scruter sa vie et sa légende.
Posted at 12:51 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Comme on me le disait, tout le monde est conservateur ici, tout le monde est chrétien, et les valeurs d'émancipation de Dieu, qui ont mené maintenant la Californie à sa ruine, n'ont plus cours. Les années ont passé, les soixante-huitards se sont effacés (j'adapte, hein) et la nouvelle génération rejette cela embrasse la vérité plus que ses parents.
A vrai dire, le terreau spirituel américain ne fait pas pousser de la même manière qu'en Europe et, au milieu de signes familiers (la messe pontificale de la Toussaint, le chant du Suscipe, les horaires et la spiritualité de Fontgombault) se trouvent des éléments dépaysants : une affluence de fidèles, un endroit reculé comme on n'en imaginerait pas ici, des jeunes qui ne sont pas les jeunes-tradis typiques en France, beaucoup plus carrés aux USA, beaucoup plus simples, dépouillés de toute la mystique militaire et des traumatismes de l'AF et de l'OAS véhiculés par les ancêtres ou les familles de leurs amis. A ma connaissance, aucun ne rêve d'aller se battre en Irak ou de faire partie de la garde rapprochée du président Obama.
Un peu plus de vingt-quatre heures passées là-bas, dont moult à dormir en raison d'un rhume que je traîne, et il est temps de rentrer. En pleine cambrousse, arrêt dans une station service (il n'y a pas d' "aire d'autoroute" ici) pour faire le plein, les autoroutes sont gratuites et on sort où on veut pour trouver de l'essence et manger.
Je trouve enfin le
pittoresque américain des journalistes français : boutique miteuse,
climatisation crachotante et, j'imagine, fusil derrière le comptoir. Comme dans
beaucoup d'endroits, on paye avant de se servir. Au-dessus de moi, des photos
du patron de retour de la chasse au cerf: à l'arrière d'un pick-up, un de
chaque côté (des bois de belle taille) et un flingue dans
Ci-dessus: un résumé de la journée
Fin de la minute folklorique, direction Dallas à 70 milles à l'heure, pas un de plus, pas un de moins.
Posted at 07:30 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Un coup de chapeau à Camille, de "Carnets Baroques", dont je devrais dire plus souvent tout le bien que je pense, pour son récent article sur la "réacosphère" catho et la manière plus particulière qu'ont deux blogs dont la fréquentation n'est pas proportionnelle à la qualité de s'adresser uniquement à la moelle épinière de ses lecteurs plutôt qu'à son cerveau.
Comme elle dit, "ouh". Cela me rappelle que j'ai pondu, il y a plus d'un an, un morceau similaire - pas encore mis en ligne mais qui disait la même chose. Un blog catho et qui pense, cela existe aussi ; on peut voir par exemple celui de Polydamas, qui, bien que tradi du sérail, n'hésite pas à "tonner contre" lorsque des sottises sont proférées.
Il est temps d'aller exhumer notre propre pamphlet.
Posted at 07:19 PM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)
Trois semaines à Dallas m’ont convaincu que, contrairement à ce qu’en disent les médias franchouillards, les texans ne sont pas des cow-boys bouseux, c'est entendu. La vérité, c'est qu'il y en a plein, des bouseux… mais, selon les texans, on les a tous mis en Oklahoma ! Les yeux se sont ouverts autour de la table comme des soucoupes lorsque j'ai annoncé le programme du week-end : "je vais en Oklahoma". "Wow! Sexy!" s'est exclamé un commensal. Mais pourquoi donc aller là-bas? Cela les dépassait. Autant faire du tourisme à Denain.
Ci-dessus : un lac sexy (Lake Eufaula). Et yeah, baby, j'ai franchi la Red River Valley que tous les scouts connaissent. Deux fois.
La vérité, bien entendu, c'est que je n'allais pas laisser
passer l'occasion de visiter mes chers moines de Clear Creek, me trouvant à 300
milles d'eux seulement. Coup de bol, c'est
Des photos de la profession solennelle
J'avais vu le prieur à Fontgombault en 1999, quelques semaines avant le grand départ pour le nouveau monde, d'où il était venu à Fontgombault au milieu des années 70. En 1999, treize moines l'ont suivi dans ce coin perdu de l'Oklahoma, ils sont trente-cinq aujourd'hui et, Deo adjuvante, le prieuré pourrait devenir une abbaye dans deux ans. J'ai déjà parlé de la générosité des Américains, qui font ici la queue pour entrer, au point qu'il a fallu bâtir des logements avant l'église, réduite aujourd'hui à sa crypte. La grande maison en rondins, qui était le premier monastère, est devenue l'hôtellerie des dames. La chapelle d'origine est restée et une paroisse a été érigée là, au milieu du grand nulle part, donc. Comme on le dit dans les parages : "quand les moines sont arrivés, personne n'était catholique ici. Maintenant ils le sont tous".
O joie, o bonheur, ma chambre à l'hôtellerie a une douche!
Personnelle! Pour moi! Et avec de l'eau chaude, en plus! Et un siège! C'est
presque la douche du président Sarkozy qui coûte un appartement en banlieue!
Les habitués de Fontgombault et de ses puciers comprendront. L'hôtellerie est neuve, spacieuse,
et bourrée de détecteurs d'incendie - et d'un ascenseur. Quelques jeunes gens
du cru y séjournent, essentiellement des futurs postulants, ou leurs frères, ou
leurs cousins. Contrairement au silence gêné qui prévaut en Europe avant les
repas, on me saute presque dessus. Un premier se présente, puis un second, on
me demande d'où je viens (je dois faire un peu rastaquouère avec mon accent).
Mais comme on a oublié d'allumer la lumière dans le couloir où se passe la
scène, je serre cinq ou six pognes dans le noir. Ce sont pour la plupart des
jeunes adultes des environs, que l'on dirait sortis que Quinquembois ou de
- do you
work in a ranch too?
- yes I do.
Are you home-schooled?
- yes
- so am I.
Autres pays, autres préoccupations. (à suivre)
Posted at 01:28 PM | Permalink | Comments (4) | TrackBack (0)
Au cinéma: le premier volet de la "red riding trilogy", "1974". Un journaliste enquête sur un meurtre d'enfant à Leeds, dans l'Angleterre de Wilson, c'est-à-dire celle de la quasi-faillite et des coupures de courant. Il met progressivement à jour un système de corruption général. Excellents acteurs (dont Sean Bean en parvenu de l'immobilier), excellente photo, et un style affirmé. L'histoire continue avec deux autres volets, "1980" et "1983", mêmes décors mais personnages différents. En Angleterre, les trois ont été diffusés au printemps comme des téléfilms sur Channel 4.
Pour ceux qui voudraient les voir à Paris, c'est au "reflets medicis" rue Champollion et nulle part ailleurs (ne croyez pas certains sites qui vous affirment que ces films, pourtant figurant dans les "sorties de la semaine", ne sont diffusés nulle part).
Note de ce soir : le second épisode est encore meilleur!
Posted at 01:17 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)