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Ne reculant devant rien pour vous informer, Nelly Blogue (TM) a dépéché son rédacteur le plus célèbre dans les bas-fonds de la plus grande favela d'Amérique latine pour y observer des dealers armés jusqu'au dents. Ce qu'il a fait, avant d'en revenir vivant.
Ci-dessus : Rocinha, tel qu'elle pouvait être il y a un mois
Ces derniers jours, plusieurs forces de police cariocas ont traqué les trafiquants et les dealers de drogue dans ma favela préférée, à Rocinha, que j’ai visitée en 2004 et où je suis retourné (pas avec Favela Tours) il y a un mois. C’est sans doute le signe que je dois raconter un peu plus complètement ce que j’y ai vu.
Je me suis rendu à Rocinha plusieurs heures, un des dimanches de février. C’était jour de marché, et, Dimanche obligeant, les ordures n’étaient pas ramassées ; donc cela sentait un peu plus mauvais que la moyenne.
J’ai fait le circuit habituel, en commençant par le versant côté Gavea, et en montant tout au sommet pour prendre quelques (superbes) photos. S’ensuivirent une descente dans les ruelles, une visite à des habitants, avec cafezinho à la brésilienne, c'est-à-dire 50% sucre, 50% café. L’organisation de contrôle de la favela (surveillants assis aux endroits stratégiques, gamins qui lancent des alertes avec leur cerfs-volants) ne m’a jamais été aussi apparente.
En plus du cafezinho, je me suis offert une excellente glace à l’ananas (un real) et un açaï, le fruit violacé d’un palmier de la région de Belem, consommé en glace avec de la framboise ou du chocolat à cause de l’âcreté de son goût. Selon un récent article du Monde, l’açaï va conquérir le monde, en commençant par Miami. L’Europe n’est pas encore touchée, mais ça ne saurait tarder. (Açaï-framboise, préparé dans un récipient d’une propreté plus que douteuse : 2 reais). « Vous n’aurez pas la colique », a dit spontanément une des personnes qui m’accompagnaient (à sa demande, je ne rentre pas dans les détails d’identité…) et il avait raison. Derrière la vendeuse, tableaux de St Jean Bosco, Notre-Dame de l’Apparecida et quelqu’un qui était probablement St Dominique Savio.
Puis nous sommes allés dans l’ « underworld », dans les quartiers bas de la favela. A plusieurs reprises, j’ai pu voir ceux qu’une des personnes qui m’accompagnaient appelait les agents du « système » (les hommes de main locaux du commando qui tient la favela), postés à plusieurs endroits stratégiques, revolver bien apparent à la ceinture. Et pas des vieilles choses pourries, des flingues flambant neuf. Mon accompagnateur, qui ne se sentait pas vraiment tenu par les lois françaises sur la restriction de l’expression, m’a fait remarquer plusieurs fois que la population de Rocinha est blanche et que les delaers et mafieux sont noirs. J’ai cru comprendre que la favela serait tenue par un gang d’origine nordestine en ce moment. Le chef du gang précédent a été tué quelques mois après ma visite de 2004.
Première chose à voir dans la rue principale de l’underworld : tiens, il y a des dames qui ne font rien dans chaque ruelle. Eh oui, la prostitution existe ici aussi ; mais en raison de l’étroitesse des venelles, les frangines ne peuvent pas se poster comme on attend l’autobus, et se tapissent entre deux maisons, dans des coins où la lumière ne parvient presque plus.
La seconde chose à voir, c’est trois adolescents assis, bien en évidence à côté de la place du marché, sur trois chaises de jardin, avec une attitude qui signifie clairement qu’ils sont les rois de la rue. Nous les approchons avec précaution. Le premier a un pistolet chromé au côté ; le troisième aussi. Et le second un fusil automatique tout noir en travers des genoux, et une liasse de billets à la main. Pour dix reais, ils acceptent de nous montrer leur stock. Le premier ouvre une banane, en sort des sachetons blancs : « cocaine !», dit-il. Et le reste défile : « marijuana ! exctasy ! » Le langage de la drogue est international. « come on ! touch it ! » dit le gamin en rigolant. Derrière moi, un type barbu fait la queue, quelques billets de cinquante à la main, pour acheter sa dose. Il semble plutôt impatient de se trouver derrière des touristes qui regardent mais n’achètent pas. L’ambiance est curieuse.
Je lis que la police a tué plusieurs dealers. Qui sait ce
que mes trois gamins d’un dimanche, anonymes et hilares, armés jusqu’au dents,
sont devenus ?
Petit choix de photos piquées sur le net (on se doute que je n'en ai pas pris personnellement)
Ce a quoi devait ressembler Rocinha il y a une semaine (les images de ce genre, même si elles sont chaquantes, sont communes a la télé brésilienne)
Instantané du Brésil : Jésus, élections, favelas et police.
L'humour des forces spéciales.
On lit ceci sur current.com, publié il y a quelques mois – et la raison pour laquelle je reste discret sur les personnes qui m’accompagnaient. Seul, je n’aurais pas vu le dixième de ce que j’ai pu voir.
« Rio de Janerio's police
are reportedly investigating claims that tourists visiting some of the city's
notorious 'favelas' are being offered a chance to meet armed drug dealers. Rio Latin
America
According to the BBC, the police are believed to
be looking into whether tourists are 'being put at risk' on guided tours of the
According to the BBC, the Brazilian newspaper
Folha de Sao Paulo has reported that one company offering such tours includes a
chat with what it calls an "armed soldier".
One of the paper's journalists went on a tour of
Rocinha - said to be the largest shanty town in
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Un vieux texte qui traîne. Comme de bien entendu, je n'ai pas fini la série que je me proposais d'écrire.
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Ci-dessus : l'époque où les jeunes croyaient encore en quelque chose.
Mise à jour du 13/03 : selon les journaux, qui tous reprenaient l'information sans distance hier, le message du tueur auquel je fais référence dans ce post serait un canular. Le tueur n'a rien écrit. C'est moins romantique, mais cela nous a valu un joli billet empathique de Philippe Bilger.
L'événement choque encore ; mais semble n'appeler que des
réactions stéréotypées, aussi déconnectées du réel et staliniennes que des
excommunications brésiliennes. La bonne vieille xénophobie anti-américaine
refait surface losque j'entends à la télé cette ispice di counasse qui passait
par là déclarer : "c'est l'Amérique qui vient à nous". Eh ouais, des allemands
tués par un allemand, c'est la faute aux USA. Crystal clear! On peut
s'interroger sur les modalités de cet avènement : l'Amérique vient-elle
physiquement? moralement? Il y a peut-être un gène qui expliquerait tout à la
fois, dans ces peuplades, le gabarit de déménageur, la résistance au Roaccutane
et le goût pour les armes à feu? Et quand je salue en claquant des talons, c'est
l'Allemagne qui vient à nous, sans doute? Et quand je mange une pizza, c'est une
"dérive à l'italienne"?
Ne vous posez surtout aucune question, chère madame, sur la
responsabilité individuelle du tueur, ou ce qui a pu le pousser à faire son
geste : c'est manifestement une contagion à distance (je n'ose appeler cela un
"sida mental") d'un Allemand par la mentalité américaine ; et le remède serait
sans doute de porter des chapeaux en papier d'aluminium.
S'il n'y avait que cela, ce ne serait que le commentaire
inepte d'une passante qui pense par le truchement de sa télévision. Mais il
faut qu'un journaliste imbécile ou somnambule glisse des phrases dans son
article telles que "on aurait trouvé dans la bibliothèque du meurtrier de
nombreux DVD de films d'horreur". Et voilà le crime expliqué : il regardait des
films d'horreur! Il est bien connu, ma bonne dame, que les adolescents homicides
sont les seuls spectateurs de ce genre de films. Et sans doute écoutait-il aussi
du "hard rock" (quoi que cela puisse dénoter)? Des tueurs de prêtres et de
nourrissons, que je vous dis.
Bref, le phénomène est bien connu désormais : des sujets
vulnérables regardent "le bal des vampires", écoutent "dazed and confused",
ouvrent leur fragile esprit à l'influence mortifère américaine, et bam, c'est la
boucherie, la mentalité étrangère sur notre sol sacré, dont nous ne viendrons à
bout qu'en collant des étoiles jaunes sur les DVD qui causent anglais. Et en
disposant des détecteurs de métaux à l'entrée des lycées. Et en chassant, ne
l'oublions pas, les messages subliminaux chuchotés à l'envers sur les disques de
Pink Floyd.
(En revanche, l'effet d'imitation des autres tueries qui ont
pu se produire, aux US, en Finlande, en Allemagne… rien à voir…)
Encore un effort, citoyens, pour regarder les choses en face…
L'expression du malaise du tueur nous donne pourtant des indices. "J'en ai assez
de cette vie qui n'a pas de sens". A-t-on creusé ce propos? Sait-on de sa
famille autre chose que le permis de détention d'arme de son père? S'est-on
demandé ce qui pouvait conduire un adolescent à ne trouver, dès 17 ans, aucun
sens à sa vie?
Je croirais presque au miracle quand je constate que de telles tueries n'ont pas lieu plus souvent. Qu'y a-t-il en effet de motivant dans la vie d'un jeune aujourd'hui? Qu'est-ce qui empêche les adolescents français, ou allemands, ou américains, de dire "cette vien'a pas de sens"? A part les copains ou les copines, pas grand-chose. L'engagement politique fait rire. La religion n'existe plus sauf dans les banlieues. L'engagement dans une cause humanitaire n'est presque pas possible à cet âge. La lutte contre l'adversité a pratiquement disparu : tous ont l'assiette pleine et des distractions à n'en plus savoir que choisir. Il n'y a plus guère de sens en effet, et l'existence d'un adolescent est en général assez médiocre. Il n'y a plus grand-chose qui transcende l'adolescent.
Pour peu que la famille n'existe plus, ou que les parents,
comme je le constate bien trop souvent, ne pensent qu'à eux-mêmes et
l'adolescent constatera qu'il est devenu, irréfutablement, une pièce en trop
dont personne n'a souci, et qui ne fait même pas partie de la même société.
L'adolescent est dans la sphère des "jeunes", qui ne se mélange pas. Pour peu
aussi que les parents considèrent, comme c'est toujours plus le cas, que l'école
puis le lycée sont responsables de l'occupation du jeune et de sa
construction.
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