Chers lecteurs, chuis fatigué et très consterné par le déversement de sentine médiatique dont un avion disparu dans l'Atlantique nord est, depuis une semaine, le prétexte. Comme le disait au téléphone mon père avant-hier, "toutes les fois que tu maîtrises un peu un sujet, tu te rends compte que les journalistes disent n'importe quoi dessus".
Si ce n'est pas le cas à proprement parler ici, il faut reconnaître que le moulin à dépêches et articles tourne à vide sans que personne ne songe à l'arrêter, et que, si la plupart des faits rapportés sont exacts, leur présentation, leur mise en perspective, leur pertinence à un moment du discours... sont totalement fantaisistes. Il est ainsi très facile de trouver un pilote qui dit que les turbulences ne font pas risquer un crash à l'avion (ce qui est exact) ; et un autre qui dira le contraire (ce qui peut être vrai dans des circonstances extrêmement rares et conjugués à d'autres facteurs de risque). Mais mettre en équilibre ces énoncés, les livrer au lectorat de manière intelligble, très peu en sont capables. Eh quoi! Si on avait des compétences réelles dans le domaine, on ferait l'ENAC, pas une école de journalisme!
Si quelqu'un de mes lecteurs souhaite lire des choses intelligentes sur l'aviation civile, il se reportera avec bénéfices à
la chronique de Patrick Smith dans Salon. Eh oui, lui, c'est un pilote, pas un plumitif. (je n'ai pas encore lu son papier sur Air France).
Mon cher père avait du répondre, dans le temps, à des appels des aînés de ces perroquets lorsque le pyralène dans les transformateurs avait connu son heure de gloire. C'est pour ce genre de raison que je boude aussi le gros pavé sorti en librairie qui rassemble quelques-uns des meilleurs reportages du Monde. Quand j'ai vu que Raphaëlle Bacqué a signé l'un d'eux, j'ai reposé le bouquin. Il ne faut pas se f*** du monde non plus. Lisez donc ce que cette championne du gros plan sur le visage-en-larmes, cette orfèvre du portrait d'homme public construit à partir de détails de la vie personnelle, a écrit sur l'AF 477. Après avoir lu dix fois que dix PDG du CAC 40 ont un jardin secret qui est la poésie persanne, on fatigue. Et la poésie persanne, franchement, c'est comme les tomates séchés dans une assiette : c'était peut être à la mode au début, maintenant, ça fait juste ringard. Il parait qu'on en sert même en province, c'est dire.
Je me demande en revanche pourquoi un de nos fiers journalistes indépendants, qui ne plient ni ne rompent devant le gouvernement ou la justice, n'abandonne pas les détecteurs de métaux dans les écoles, ou les avions qui se plantent, et ne se demande pas ce qui peut bien se trouver dans les notes de frais de nos députés. Après tout, nous savons très bien ce qu'il y a dans ceux d'outre-Manche. Mais les notres? Si on ne dit rien, c'est que tout doit être en règle, sans doute.
Donc pas de Sparta en avion aujourd'hui, mais je vous suggère la lecture de ces deux chroniques de Samuel Gontier:
Accessoirement, ayez une pensée pour mon père, qui est hospitalisé depuis une semaine sans qu'on arrive à lui trouver ce qu'il a.