Encore de l'argent gaspillé lorsque j'ai acheté le bouquin, le torchecul plutôt, d'Alain Dister sur le Grateful Dead. Connaissez vous beaucoup de livres portant sur un groupe de rock, un qui contient d'ailleurs au moins un bon instrumentiste qui aime prendre son temps, et qui, à la page 100, n'a encore rien dit sur la musique du groupe.
L'horreur d'Alain Dister semble en revanche devoir beaucoup plus à "a long strange trip" de Denis McNally, sauf que McNally parlait de la musique, des concerts, de plein de choses. Pour un livre qui fait 200 pages sur un groupe qui a vécu de 1966 à 1995, en être encore à la page 100 en 1967 en n'ayant parlé uniquement que, et dans le même ordre que McNally, des membres du groupe, du road manager, des petites copines, de Ken Kesey, des Pranksters, de la scène de Haight-Ashbury en 1966. Y avoir vécu n'excuse pas tout. Honte au Castor Astral de laisser paraître de telles choses. Cela ne vaut pas mieux que les reportages internet sur des matches de football où 80% des photos sont celles de l'entaîneur de l'équipe en train de gesticuler sur son banc.
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Honte également à un certain Eric Duboys et à son révisionisme qui le pousse à écrire un torrent de conneries inouï dans les trois premières pages de "industrial music for industrial people" (Camion Blanc, 2007), un livre sur les débuts du courant "indus" (non, pas Rammstein). On rigole déjà franchement lorsqu'on lit : "le seul événement musical majeur (...) apparu dans l'Angleterre des années soixante-dix a été l'irruption aussi imprévue que libératrice du mouvement punk". Relisez bien : "seul événement", "imprévu", "libératrice".
Si vous ne pissez pas déjà de rire, la suite vaut le coup : "issus de la vague psychédélique des années hippies, des groupes comme Pink Floyd, Yes et King Crimson occupaient le devant de la scène, formations dont la mégalomanie des musiciens n'avait d'égal que l'ennui distillé (...) étalage indécent de virtusosité technique de quadragénaires bedonnants" (etc etc). A l'heure ou même "the John GIll award for persistent nastiness" n'est plus décerné à la presse musicale anglaise, il serait, oh, juste suggéré à messire Duboys de se procurer quelques sources et de les lire - oui, sans même s'infliger l'écoute de quelques disques "progressifs", la science de ce sinistre gribouilleur bénéficierait grandement de la lecture et de la recopie de ce qu'on écrit ses pairs plus inspirés.
Si les journalistes rock conduisaient avec la rigueur avec laquelle ils écrivent, il y aurait bien plus que 5000 morts sur les routes.
M. Duboys, d'ailleurs, montre qu'il ne sait pas grand chose en accusant King Crimson, dissous en 1974, d'occuper la scène en 1977. Eh quoi! Il suffisant à Duboys de se procurer un livre sur King Crimson, ou le livret d'une anthologie... il ne l'a pas fait. Trop fatigant, sans doute. Trop fatigant aussi de vérifier si Genesis ou King Crimson, à nouveau, étaient réellement "issus de la vague psychédélique des années hippies". C'est vrai pour le Floyd. Mais Genesis (issu de fils de bonne famille dans une public school et influencés par les Moody Blues et le folk) et King Crimson (Robert Fripp jouait dans des groupes d'animation de bal et de thés dansans à Bournemouth)? Vraiment? O sainte flemme! C'est tellement plus facile de ne pas vérifier ce qu'on écrit! Et le contrôle qualité, chez Camion Blanc, il était parti boire des bières?
M. Duboys, par ailleurs, a la flemmingite qui attaque même le fil de ses idées. Car sa saillie sur le punk me mène à rien et il est bien en mal de dire pourquoi ce préambule vengeur a un lien avec le rock indus, qui n'a rien à voir avec le punk, et, surtout, a été la vraie réaction anti-commerciale à la musique du moment. Admirez la transition : après avoir déploré la récupération commerciale du punk, il ajoute : "le mouvement industriel est le parfait contemporain du punk. Contemporain mais sans grand rapport avec celui-ci."
J'aurais fait ça dans une dissertation en seconde, je n'aurais pas eu la moyenne.
Duboys semble très à l'aise pour distinguer les gentils des méchants (pas de demi-teinte chez lui) et appeler de ses voeux l'apparition d'une littérature sérieuse d'analyse du rock. Il écrit ainsi sans rire : "il n'aura échappé à personne que la littérature sérieuse consacrée à la musique rock dans ce pays est quasi inexistante".
Merci, M. Duboys, d'avoir contribué à son émergence en nous montrant ce qu'elle ne devait pas faire.
(modif du 29.07 matin : toujours dans Duboys, je lis, un peu plus loin, qu'Island records a été fondé par... Bill Laswell! On tient un champion du monde, je vous dis.)
Totalement d'accord. L'histoire du rock et le rock s'appauvrissent a cause de tous ces critiques qui citent en boucle les mêmes 10 groupes de "bon goût", ayant "tout inventé" (sex pistols, clash, velvet u., stooges, joy division, smiths,... pour la suite, lisez les inrocks...). Les autres groupes ou courants n'ont plus droit de cité que pour servir de repoussoir. Le rock est entré dans sa phase "musique pour collectionneurs de disques", comme le jazz et le blues. Parce que quelques esthètes auto proclamés l'ont figé et empaillé dans sa forme "définitive". D'ailleurs, le fait qu'on nous annonce une "littérature sérieuse" sur le sujet nous montre bien que la vie, la vitalité et l'humour n'en font (presque) plus partie.
Posted by: step | August 05, 2009 at 08:23 AM
Step : au moins, il n'y a pas Radiohead dans la liste, c'est déjà ça ;-)
Mais ne crachez pas en masse sur les collectionneurs de disques ; il y en a suffisamment pour que leurs goûts soient très variés - et certains groupes obscurs survivront dans les mémoires grâce à eux, sans doute.
Posted by: Nelly | August 19, 2009 at 01:28 PM