Le travail très prenant de ces dernières semaines m’a pris beaucoup de temps, et je n’ai pas eu le loisir de poster des bêtises ici autant que je l’aurais souhaité. Que mes lecteurs se rassurent, le réservoir à Sparta n’est pas encore vide. Avant mon départ pour les Grisons (pour les vacances, pas pour le boulot), je compte bien en poster encore un ou deux.
Rattrapons ce qui doit l’être. Pour le moment, votre serviteur est madrilène. Qu’est ce qu’il fait chaud, dans ce pays ! Mais quoi, la nourriture est bonne (le "cordero lechado" = l'agneau de lait, la "morcilla"), l’alcool n’est pas compté (une spécialité locale, qui doit s'appeler "pacharan" ou quelque chose de ce genre) et les gens sont sympathiques. Et, comme je l’ai dit, une ville où les stations de métro s’appellent « Pio XII » ou « Reyes Catolicos » ne peut pas être totalement mauvaise. Les façades des ministères ou des bâtiments militaires ne sont pas dégoûtantes non plus (ni modestes). Un peu mussoliniennes, si j'ose la comparaison. Bref, sympa.
Au cinéma il y a peu, « very bad trip ». Marrant même si le film s’offre quelques facilités. 3/5 dans l’ensemble ; certaines scènes (mafia chinoise notamment) valent largement du 4/5 mais pas tout.
A la télé, tout le temps, l’omniprésent Michael Jackson. Pas une seule bonne chanson depuis 1987, et quel tintouin ! Quel bourrage de crâne ! Le vacarme médiatique n’est certes pas proportionnel à la qualité de l’artiste qu’on enterre. (Je n’ose penser aux célébrations dont on va souper quand on enterrera Roger Hanin ou Phil Collins).
A part cela, votre serviteur plonge avec délices dans les musiques que l’on qualifie d’électroniques ou d’expérimentales, faute de savoir mieux dire. Electroniques ? Non, pas celle des DJ sakozystes qui trustent les bacs à CD mais plutôt le bruit enregistré. Un très bon bouquin est paru sur le thème chez « le mot et la chose », qui ratisse bien plus large que les seules musiques purement « électroniques », c'est-à-dire celles où la production et la manipulation du son est assurée majoritairement par des systèmes électroniques d’une complexité significative ; et où la manipulation du son est suffisamment poussée pour changer sa nature. Je sais, cette définition est très attaquable et peu précise ; mais comment définir un fourre-pas-tout-mais-presque ?
Veut-on des noms ? Klaus Schulze, Merzbow, Einstürzende Neubauten, Luc Ferrari, entre autres. C’est dire le peu de points communs. On peut encore trouver une bonne anthologie de ces musiques, très expérimentales et pas toujours abouties, sur le triple CD « OHM, the gurus of electronic music ». La poésie qui s’en dégage, partiellement involontaire, tient à l’âge des pièces produites, à la manière dont on les a produites et peut-être aussi au fait qu’elles ne sont pas reproductibles, donc fragiles. Quand on doit trafiquer, couper, repiquer plusieurs dizaines de fois des disques en acétate ou des bandes, le son prend une certaine qualité soufflante et rugueuse, qu’on appellera bien plus tard « guerilla recording ». C’est comme si des expériences sonores du fond de l’âge de la musique concrète revenaient à la surface ; c’est l’équivalent des films expérimentaux des années 30 (« Rose Hobart » de Joseph Cornell, par exemple) : le support est si abîmé que le message en est rendu un peu maladroit et passe à peine.
Une des rares émotions immédiates qu’on peut éprouver à l’écoute de la musique concrète, je l’ai éprouvée en écoutant « wireless fantasy » de Vladimir Ussachevsky, une pièce fabriquée en modifiant des sons de télégraphie sans fil. Il y a du souffle, du bruit blanc, les bip-bip de Spoutnik et, au milieu de toute cette friture radiophonique, on entend des passages de Parsifal. C’est superbe. On peut s’imaginer perdu au milieu du Great Divide, loin de tout (« survolant le pot-au-noir » comme diraient ces cons de journalistes), et seulement relié au monde, ou à quelque avant-poste, par une radio. A ce moment-là, tout ce qui reste du monde, pour vous, est résumé dans quelques mesures de Parsifal. Hormis ces fragments de Wagner, le monde, dont vous êtes le seul survivant, est retourné au néant.
Eh oui, voilà ce que peut faire la musique concrète, c'est-à-dire, et n’ayons pas honte de le dire, du bruit enregistré et organisé. Musique concrète injustement inconnue, car si Pierre Henry a son cercle de suiveurs, qui connaît encore Ussachevsky ? Qui a pleuré la disparition récente de Bebe Barron ?
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