Chose amusante, il y a un point commun aux deux grosses choses que je me suis écouté récemment : c'est le ténor Marc Mauillon - mais peu importe.
"King Arthur" de Purcell, joué par Hervé Niquet et son Concert Spirituel, enregistré à Montpellier, est - musicalement - très bon. La mise en scène "colorisée" de Shirley et Dino (si vous ne savez pas qui c'est, vous avez moins de 35 ans) fait basculer le tout dans de l'Offenbach, voire du Monty Python. C'est souvent très drôle même si ce n'est pas très fin - l'acte III (l'acte du frigo, en somme) est un must, de même que la soprano à balançoire interrompue par un aspirateur à feuilles mortes, et j'en passe.
Vous étiez partis pour voir un opéra? Ce n'est pas très grave, l'histoire de "King Arthur" n'ayant de toute manière ni queue ni tête. Le DVD est sorti chez Glossa.
Ensuite, le dernier monument de Jordi Savall, "le royaume oublié - la tragédie cathare". Trois SACD et un gros et lourd bouquin truffé d'études savantes sur le catharisme en trente langues dont quinze parlées chez les Ibères. Beaucoup de sirventès, bien entendu, des oeuvres des grands troubadours, un peu de Dufay si ma mémoire est bonne, et la surprise de retrouver dans une mélodie séfarade anonyme la musique d'une pièce de la liturgie du P. Gouzes... Bref, de la "early fusion" mise en scène (un événement historique = un morceau) d'une manière qui ne surprendra pas les amateurs de "Jérusalem", "Christophe Colomb" et "Don Quichotte".
Les études jointes aux disques, un poil nationalistes-occitanes, dressent le tableau d'un catharisme embrassant plusieurs siècles, dont les prémisses s'observent en Bulgarie, puis implanté en Rhénanie, puis en Occitanie... pour mourir finalement sur les rives du Bosphore. Les détails sur l'Inquisition sont particulièrement intéressants et la font paraître comme l'ancêtre des polices politiques des régimes totalitaires (et du Comité de Salut Public en premier lieu). Le mécanisme principal, c'est de terroriser tant la population que les supposés "hérétiques" en soient exclus avant même qu'ils ne tombent aux mains des inquisiteurs : pas d'avocat, les amis des hérétiques encourent les même peines que les hérétiques.
Voilà qui me parle!
Pour autant, le sujet semble n'avoir été étudié sérieusement et sans prisme que de façon assez récente.